1914-1918 : la guerre du Canada -Valenciennes, Mons et la fin d’un long parcours

La dernière partie de notre série par Carl Pépin, PhD. Merci Carl!

Image: ‘Sisters of the Hotel Dieu, Valenciennes, welcome the first Canadians. November 1918.’ de Canada. Dept. of National Defence/Library and Archives Canada/MIKAN 3397431 

La prise de Valenciennes

Nous sommes le 17 octobre 1918. Le corps canadien se trouve à l’est de Cambrai, à mi-chemin entre cette localité et la petite ville de Valenciennes. Il s’agit de la dernière étape en importance avant d’entrer à nouveau en Belgique, toujours à la poursuite des Allemands qui poursuivent leur repli en un bon ordre relatif.

L’artillerie canadienne se met à tonner et les troupes de la 1ère division reçoivent l’ordre de marcher sur Valenciennes. Pendant les quatre jours qui suivent, les forces canadiennes ne font que marcher. Elles suivent de près les Allemands qui reculent à un rythme régulier, n’offrant, pour ainsi dire, aucune résistance sérieuse. De leur côté, les ingénieurs du corps canadien ne manquent pas de boulot. Ils doivent réparer les routes, déminer le terrain lorsque nécessaire et voir à ce que les unités de soutien du corps – artillerie, ravitaillement, etc.- puissent suivre la cadence rapide de l’infanterie.

Les Canadiens atteignent la portion du canal de l’Escaut devant Valenciennes le 25 octobre. Contrairement à la semaine qui vient de passer, il semble évident que, cette fois, les Allemands entendent offrir une résistance. C’est du moins ce que l’on peut en déduire à la vue des fils de fer barbelés qui ont été posés sur les deux rives du canal de l’Escaut. De plus, le terrain situé au nord-est et au sud-ouest de Valenciennes a été inondé. Les approches à partir de l’est et du sud de la cité sont quant à elles dominées par une série de hauteurs – Valenciennes étant en quelque sorte au creux d’une vallée – fortement défendues, dont le Mont Houy au sud.

Le lieutenant-général sir Arthur Currie discute de la situation avec les généraux britanniques. Ils cherchent des manières de prendre rapidement Valenciennes avec un taux acceptable de pertes. Il est décidé que le 22e corps britannique prendra le Mont Houy et le village d’Aulnoy au sud. Une fois ces objectifs pris, le corps canadien se glissera entre ces derniers et Valenciennes afin de se positionner sur les hauteurs au sud et au sud-est de la ville.

Le 28 octobre, la 51e division écossaise mène la charge sur le Mont Houy et parvient à se rendre à son sommet, mais elle ne peut s’y maintenir en raison de l’intensité de contre-attaques ennemies bien orchestrées. Cet imprévu occasionne un changement de dernière minute, car la prise du Mont Houy est d’une importance fondamentale en vue de l’assaut sur Valenciennes. On ordonne alors au corps canadien d’attaquer lui aussi le Mont Houy. L’assaut débute le lendemain à 5h15 et les Canadiens parviennent à prendre et à conserver l’objectif. Les Allemands reçoivent plus de 2 000 tonnes d’obus d’artillerie uniquement sur le Mont Houy et sont contraints de reculer.

La chute du Mont Houy a comme corollaire l’évacuation par les Allemands de Valenciennes. Dans ce contexte, les pertes canadiennes ont été relativement légères, comme prévu. Environ 400 soldats sont tombés, dont 80 tués. On estime les pertes ennemies à un peu plus de 800 soldats tués – essentiellement sous le barrage d’artillerie canadien – et près de 2 000 prisonniers sont faits. Une Croix de Victoria a été décernée le 29 octobre, la dernière attribuée au corps canadien pendant la guerre.

mons1Image: Carte des opérations des forces canadiennes dans le secteur entre Valenciennes et Mons (octobre – novembre 1918). http://www.carlpepin.com

Vers Mons

Plus que jamais, les forces allemandes reculent, toujours vers l’est, et il faut les poursuivre. Le prochain objectif d’importance consiste en la prise de la ville de Mons, en Belgique. Ce sont des éléments de la 3e division qui entrent les premiers dans la municipalité, dans la nuit du 10 au 11 novembre 1918.

La ville revêt une dimension symbolique pour les forces britanniques. C’était là, en effet, que le premier affrontement entre les Britanniques et les Allemands a eu lieu le 22 août 1914.

Le corps canadien finit par se trouver au complet dans et autour de Mons lorsque débute la journée du 11 novembre. L’état-major de Currie reçoit un avis à l’effet qu’un armistice entrera en vigueur en fin d’avant-midi, à 11 heures. Toujours sur leur garde, complètement équipés et prêts pour la bataille, les soldats canadiens attendent leurs prochains ordres, tout en prenant soin de consolider leurs positions en vue d’éventuelles contre-attaques qui ne viendront jamais. Cependant, l’artillerie continue de tirer et la guerre se poursuit. Le dernier soldat canadien à tomber est le soldat George Lawrence Price du 28e bataillon, tué à 10h58 par un tireur embusqué.

La fin de la guerre marque également la fin de la campagne dite des “Cent Jours” qui a vu le Corps canadien combattre à un rythme effréné du 8 août au 11 novembre 1918. Au cours de cette période, les Canadiens ont fait près de 32 000 prisonniers, capturé 620 canons et près de 3 000 mitrailleuses. Les Canadiens ont libéré 228 localités et 800 kilomètres carrés de territoire. Les quatre divisions d’infanterie du corps ont affronté 47 divisions différentes de l’armée allemande, environ le quart des forces ennemies présentes sur le front Ouest.

Le bilan de guerre du Canada

Le Canada était entré en guerre avec une armée professionnelle embryonnaire d’à peine 3 000 hommes et s’appuyant sur une force irrégulière de 60 000 à 70 000 hommes. Dès le printemps de 1915, la première des quatre divisions d’infanterie combattait sur le front Ouest. Elle était arrivée en France dans le but de renforcer le corps expéditionnaire britannique. De plus, la 1ère division canadienne avait été la première formation de ce type à être, pour l’essentiel, composée de soldats-citoyens.

À mesure que le corps expéditionnaire canadien en France prenait de l’expansion, le professionnalisme de ses soldats et de leurs chefs avait suivi une ascension parallèle. Le fait d’armes que l’on retient de nos jours est la capture de la crête de Vimy en avril 1917 où, pour la première et la seule fois, les quatre divisions canadiennes ont combattu simultanément, côte à côte.

Comme bien d’autres batailles, Vimy a été un massacre où l’histoire du Canada s’est écrite dans le sang. Il est indéniable dans ces circonstances qu’au sortir de cette bataille, les soldats du corps canadien se soient sentis unis. Le corps en était sorti transformé et il était véritablement l’une des formations d’élite sous commandement britannique sur le continent.

D’autres dures batailles ont suivi celle de Vimy et la contribution du corps canadien à la victoire des forces alliées a été immense. Le Canada est sorti de la guerre avec une réputation rehaussée et surtout avec un nouveau statut sur la scène internationale. Bien que symbolique, la signature du Canada sur le traité de Versailles a constitué un premier pas vers son autonomie en politique étrangère.

Les statistiques peuvent varier, mais les chiffres sur la contribution du Canada à la Grande Guerre parlent d’eux-mêmes. Environ 625 000 hommes et femmes ont porté l’uniforme canadien. De ce nombre, 400 000 ont servi sur le continent en France et en Belgique.

Environ 212 000 soldats canadiens ont été blessés au moins une fois et à des degrés divers. On recense 65 000 soldats tués ou morts de leurs blessures entre le mois de février 1915 et celui de novembre 1918.

Cette série d’articles sur le corps canadien s’est surtout concentrée sur les affrontements et peu a été dit sur ces Canadiens qui ont servi le pays en dehors du corps en tant que tel. Par exemple, approximativement 38 000 membres du personnel des forces canadiennes servaient en dehors du corps à la fin de la guerre. Cela incluait entre autres du personnel ferroviaire (Canadian Railway Troops), du corps forestier, la brigade de cavalerie et le personnel médical et auxiliaire (Army Service Corps). Des Canadiens ont également servi dans des unités minières (Tunnelling Companies).

La démobilisation

L’armistice étant signé et les négociations en vue de la paix amorcées, il fallait néanmoins garder les soldats sous les drapeaux pour encore quelques mois. Les troupes des 1ère et 2e divisions avaient été sélectionnées pour rejoindre l’armée d’occupation en Allemagne sous les ordres du général britannique Herbert Plumer. De leur côté, les soldats des 3e et 4e divisions resteraient dans Mons.

La marche de la 1ère division l’a amené à Cologne et celle de la 2e division à Bonn. Dans une marche au style cérémonial, le lieutenant-général Currie a pris la peine, le 13 décembre 1918, de se tenir sur une estrade sur le Rhin et de saluer le passage de tous les bataillons des divisions canadiennes en partance pour l’Allemagne.

Au-delà du cérémonial, le problème le plus pressant pour Currie est celui de la démobilisation de ses troupes. Le gouvernement canadien a proposé un schéma du style « premier arrivé, premier servi », à savoir que la priorité serait accordée aux hommes mariés et aux veufs avec enfants.

Toutefois, Currie s’oppose vivement à ce plan, dans la mesure où le corps canadien est directement visé. Son argument est relativement simple et circonstanciel. Currie croit que les hommes ne doivent pas être séparés – qu’ils restent donc en unités complètes -, dans le but de préserver le moral, la discipline et l’esprit de corps.

Par ailleurs, si des hommes devaient être immédiatement démobilisés sur la base de leur ancienneté, de leur situation familiale ou en raison de compétences professionnelles particulières, ce serait l’efficacité du corps canadien qui en serait affectée. Currie donne aussi l’exemple des forces australiennes qui sont rapatriées à la maison par unités entières sous le commandement des mêmes officiers avec lesquels elles ont combattu.

Finalement, Currie obtient l’appui du premier ministre sir Robert Borden et son schéma est accepté. Toutes les troupes du corps canadien rentreraient donc au pays selon le principe « premier arrivé, premier servi », ce qui implique un scénario au niveau divisionnaire qui entraînerait le départ de la 1ère division, celle-ci étant en ligne depuis 1915.

Les autorités canadiennes et britanniques ont été surprises de constater qu’à peu près aucun incident disciplinaire sérieux ne s’est produit au sein des troupes combattantes du corps canadien à leur retour. En fait, c’est parmi les unités auxiliaires non attachées administrativement au corps qu’on observe de sérieux désordres – entraînant la mort d’hommes dans quelques cas – en Angleterre dans les municipalités de Witley, d’Epsom et de Kimmel dans la première moitié de 1919.

Le séjour des Canadiens en Allemagne a finalement été de courte durée. Dès le mois de février 1919, les derniers soldats quittent le territoire allemand. La démobilisation progressive du corps s’amorce, en commençant par la 3e, la 1ère, la 2e et enfin la 4e division. À la fin de mai 1919, à peu près tous les soldats sont de retour au Canada.

La guerre est terminée. Les hommes retournent à la vie civile, laissant en Europe une partie d’eux-mêmes.

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