1914-1918 : la guerre du Canada – La traversée du canal du Nord (septembre – octobre 1918)

Aucun répit

Depuis août 1918, les combats se déroulent à un rythme soutenu, mêlant des affrontements redoutables aux marches ininterrompues des soldats. Sur leur front, les Canadiens reçoivent l’ordre de marcher en direction de Cambrai. Le canal du Nord, situé quelque peu à l’ouest de la ville, constitue un autre obstacle formidable qu’il faut enjamber. Naturellement, les Allemands ont fait sauter les ponts. 

Image: “Des Canadiens bâtissent un pont sur le Canal du Nord. Avance à l’est d’Arras. Septembre 1918.”, Canada. Min. de la défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/ MIKAN 3628666

Avant l’assaut, les Canadiens tentent bien de pousser des patrouilles sur les bancs du canal. Cependant, le terrain est exposé et les patrouilles sont systématiquement prises sous le feu de l’artillerie, des mitrailleuses et des tireurs ennemis embusqués.

Plus haut dans la chaîne de commandement, le maréchal sir Douglas Haig et son état-major préparent la prochaine phase de l’offensive. Il est prévu que les 3e et 4e armées britanniques prennent d’assaut la ligne Hindenburg entre Cambrai, au nord, et Saint-Quentin, au sud. Haig réserve au corps canadien une mission complexe en plusieurs étapes. D’abord, les Canadiens devront traverser le canal du Nord et capturer le bois Bourlon. Ensuite, ils devront sécuriser les hauteurs au nord-est du bois Bourlon, dont l’objectif d’ensemble consiste à protéger le flanc gauche de la 3e armée britannique un peu plus au sud. Enfin, il importe de saisir les hauteurs au nord de Cambrai, de manière à poser une menace directe contre cette ville qui représente un important centre de communications pour les Allemands.

La date de l’assaut est fixée au 27 septembre à l’aube. Dire que la tâche du corps canadien relève de l’impossible est – une fois de plus – un euphémisme. Une fois le canal franchi, il y a immédiatement de l’autre côté un puissant système de trois lignes de tranchées dotées d’une excellente protection de fils de fer barbelés. La première ligne est simplement nommée « canal du Nord » et se trouve à environ 300 mètres à l’est du canal. La seconde, la ligne Marquion, à 1,5 kilomètre à l’est. Enfin, la ligne Marcoing qui se trouve entre le bois Bourlon et Cambrai (voir la carte).

Toujours sur le front du corps canadien, le canal du Nord est en soi un obstacle formidable. Le canal a une largeur moyenne de 30 mètres avec des étendues marécageuses sur ses deux rives, que les Allemands se sont bien assurés d’inonder. Dans ces conditions, le lieutenant-général sir Arthur Currie ne croit pas qu’il soit possible de franchir le canal à la hauteur de son corps d’armée.

Currie envisage de faire légèrement dévier la ligne d’avance de sa formation vers le sud en empiétant quelque peu dans la zone d’assaut du 17e corps britannique à sa droite. Là se trouve un mince passage un peu plus au sec et, fait extrêmement important dans son calcul, le canal est inachevé à cet endroit. En effet, le canal du Nord était en construction lorsque la guerre a débuté en 1914. Cela signifie qu’il faut faire passer les dizaines de milliers de soldats du corps canadien dans cette zone, dans un passage large d’à peine 2 500 mètres. Ensuite, une fois le canal franchi, les troupes qui mènent l’avance doivent marcher au pas cadencé vers le nord et le nord-est pour rapidement se déployer en vue de la capture du bois Bourlon.

Cette manœuvre dite du « sablier » a fait l’objet de critiques, à commencer par celles du quartier général de la 1ère armée britannique du général Henry Horne de laquelle relève le corps canadien pour l’opération. Horne tente de persuader Currie de changer son plan, mais ce dernier insiste et le maréchal Haig finit par donner son aval.

canal_du_nord_mapImage: “The Assault on the Canal du Nord”,  image pris le 6 mai 2017 de http://www.webmatters.net/txtpat/index.php?id=656

La bataille

La bataille du canal du Nord débute le 27 septembre 1918 à 5h20 par le feu concentré de centaines de canons qui pilonnent directement les positions allemandes sur l’autre rive. L’assaut s’effectue par l’avance conjointe des 1ère et 4e divisions qui suivent de très près le barrage d’artillerie.

L’efficacité du tir des canons assure une couverture efficace aux troupes canadiennes qui franchissent rapidement le canal. À la tombée du jour, les Canadiens ont pris la ligne Marquion et le bois Bourlon. L’assaut est reconduit le lendemain contre la ligne Marcoing qui est percée en partie, face à des forces allemandes qui réagissent avec une plus grande vigueur.

De quatre divisions d’infanterie à la disposition du commandement allemand le 27 septembre, le chiffre monte à 10 le 1er octobre, sans compter un important renfort de mitrailleuses. Toujours le 1er octobre 1918, après ces dures journées de combat, Currie décide de suspendre temporairement l’offensive, car les Allemands lancent des contre-attaques à répétition. Mieux vaut alors consolider le terrain conquis. Le butin est somme toute intéressant pour les Canadiens : 7 000 soldats ennemis sont capturés avec un peu plus de 200 de leurs canons.

La prochaine phase de l’opération vise la capture en deux étapes de la ville de Cambrai par une manœuvre d’enveloppement par le nord. Pour ce faire, le 17e corps britannique, qui opère au sud de Cambrai, doit avancer vers la banlieue d’Awoingt au sud-est. Cette manœuvre se veut une sorte de diversion avant l’assaut canadien dans la ville. Ensuite, les Canadiens doivent s’emparer de la portion nord-est du canal de l’Escaut qui traverse Cambrai, avancer vers Escaudoeuvres et établir la liaison avec le 17e corps britannique, complétant ainsi l’enveloppement de la ville.

e001217341Image: “Le Canal du Nord and Cambrai September 27 – October 11, 1918” de Collections Canada. 

L’assaut contre Cambrai débute à 4h30 le 8 octobre 1918, mais les opérations ne se déroulent pas exactement au rythme initialement envisagé. Il y a un sérieux contretemps de 24 heures, dans la mesure où le 17e corps britannique connaît des difficultés. Son assaut est renouvelé le lendemain avec plus de succès. De leur côté, les Canadiens attaquent en pleine nuit, le 9 octobre à 1h30, sous une pluie battante. Ils sécurisent rapidement la rive droite du canal de l’Escaut et avancent vers Escaudoeuvres. À la levée du jour, les premières patrouilles canadiennes de la 3e division pénètrent dans Cambrai. Mis à part quelques troupes chargées d’y mettre le feu – sans trop de succès, d’ailleurs -, les Allemands évacuent prestement Cambrai.

Les deux jours suivants voient le corps canadien se diriger vers le nord-est afin de sécuriser les villages aux abords du canal de la Sensée. Les combats qui se déroulent du 27 septembre au 11 octobre 1918 sont également très durs. À preuve, huit autres Croix de Victoria sont décernées à des soldats canadiens.

Le bilan

Le 11 octobre marque donc la fin de la bataille du canal du Nord et de Cambrai. Du début de la seconde bataille d’Arras en août – la première étant celle d’avril 1917 – jusqu’à la prise de Cambrai, le corps canadien a progressé de plus de 35 kilomètres vers l’est, faisant sur son passage plus de 18 500 prisonniers et prenant près de 400 canons et 2 000 mitrailleuses.

Le prix payé est toutefois fort élevé. Le corps canadien a perdu environ 30 000 hommes. De ce nombre, 4 300 sont tués, 24 500 sont blessés et près de 2 000 sont portés disparus.

Le corps canadien s’en va relever le 22e corps britannique situé sur sa gauche, quelque peu au sud de Douai, sur le canal de la Sensée. Le prochain objectif est la cité de Valenciennes, non loin de la frontière belge.

Nous sommes en octobre 1918. La guerre continue. Les soldats canadiens marchent.

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