1914-1918 : la guerre du Canada – À l’assaut de la Ligne Hindenburg (août-septembre 1918)

L’historien Carl Pépin nous guide vers les ‘Cent-Jours’ du Corps canadien à l’automne de 1918. 

Image: ‘Canadian Motor Machine Gun Brigade waiting alongside Arras-Cambrai Road. Advance East of Arras. September, 1918 .’ Canada. Dept. of National Defence/Library and Archives Canada/MIKAN 3522326

La première phase de la campagne dite des “Cent-Jours” s’achève vers la mi-août 1918, à mesure que s’essouffle la progression des soldats canadiens à l’est d’Amiens. Jusqu’à la fin des hostilités, le corps canadien ne connaîtra à peu près aucun repos. Dès la fin août, le corps est transféré au nord, dans le secteur familier d’Arras-Lens-Vimy, sous les ordres de la 1ère armée britannique.

Devant les Canadiens se trouve une portion de la formidable ligne de défense nommée en l’honneur du maréchal allemand Paul von Hindenburg. Ses soldats ont eu du temps pour aménager ces positions jugées imprenables, tant les réseaux de tranchées, de fortifications et de barbelées s’étendent à perte de vue. Les Alliés doivent néanmoins reprendre l’offensive, surtout en cet été de 1918 où l’on sent les forces allemandes fléchir à la suite de leur défaite devant Amiens.

Le corps canadien s’apprête à occuper la droite de la 1ère armée britannique. L’idée consiste à attaquer vers l’est en suivant la route qui relie Arras à Cambrai, comme on peut le voir sur la carte. Les Canadiens doivent s’emparer d’une portion de la Ligne Hindenburg nommée la Ligne Drocourt-Quéant, en référence à l’étendue du front couvert entre ces deux villages. La prise de Cambrai demeure, quant à elle, l’objectif final de l’offensive.

Impossible

Pour quiconque observe le front allemand aux endroits nommés, un seul mot vient en tête: impossible.

Pour atteindre Cambrai, il y a au moins trois lignes de défense à percer. La première à l’ouest consiste en une ligne reliant une position nommée Orange Hill vers le village de Monchy-le-Preux, qui représente en fait l’ancienne ligne tenue par l’armée britannique avant l’offensive allemande du 21 mars précédent. À un peu plus de trois kilomètres à l’est se trouve la seconde position, la ligne Fresnes-Rouvroy et, environ deux kilomètres à l’est, la troisième ligne, celle de Drocourt-Quéant. Cette dernière ligne semble la mieux fortifiée des trois positions. Elle dispose à elle seule d’un système de quatre lignes de tranchées profondes liées par des tunnels bétonnés, le tout protégé par un épais réseau de fils de fer barbelés.

sketch51_nicholson_hindenburg_lineImage: ‘Sketch 51- Rolling back the enemy 8 August -15 October 1918’ de ‘Official History of the Canadian Army in the First World War| Canadian Expeditionary Force 1914-1919’ par Colonel G.W.I. Nicholson, Ottawa: 1962. 

La bataille

Ce qu’on appelle a posteriori la seconde bataille d’Arras – la première étant celle d’avril 1917 – débute le 26 août 1918 à 3h. Les 2e et 3e divisions ont l’honneur de mener la charge – la 1ère vient juste d’arriver d’Amiens et la 4e n’est pas encore arrivée. Les Allemands sont pris par surprise. Comme le souhaite le lieutenant-général sir Arthur Currie, le village de Monchy est rapidement capturé avec des pertes d’environ 1 500 hommes. Ce premier succès représente un beau fait d’armes compte tenu de la qualité du système défensif ennemi. Le bilan de cette première journée d’offensive semble intéressant. Les Canadiens ont repris les villages de Guemappe, Wancourt et la crête d’Heninel, de même qu’Orange Hill.

L’offensive est renouvelée le lendemain, le 27, toujours par les 1ère et 2e divisions. Le but consiste cette fois à percer la seconde ligne, celle de Fresnes-Rouvroy sur laquelle se sont logiquement repliés les Allemands. Contrairement à la veille, ceux-ci sont beaucoup mieux organisés et la résistance est féroce, d’autant que l’ennemi a pu faire monter des renforts provenant de Douai et de Cambrai.

Les combats des 27 et 28 août sont particulièrement terribles. La 3e division arrive en théâtre d’opérations et elle prend la relève d’une partie du front sur le flanc gauche. À droite, la 2e division subit un taux de pertes alarmant et elle est contrainte de s’arrêter, voire de reculer en certains endroits. Certains de ses bataillons – notamment le 22e canadien-français, 5e brigade – sont anéantis dans leur tentative de capturer le village de Chérisy.

Les 2e et 3e divisions sont donc à bout de souffle et décimées. En trois jours, elles ont néanmoins progressé d’environ huit kilomètres pour des pertes avoisinant les 6 000 hommes. Ces divisions sont finalement relevées en fin de journée du 28. La 2e division est remplacée par la 1ère et la 3e par la 4e division britannique, cette dernière ayant été temporairement prêtée à Currie pour cette offensive. La ligne Fresnes-Rouvroy est finalement prise le 31 août. Le prochain obstacle est la ligne Drocourt-Quéant.

Face à l’ampleur de la tâche qui l’attend, tout en essayant de reconstituer les effectifs de ses bataillons décimés, Currie demande au commandement britannique une pause de quelques jours avant de se lancer à l’assaut de la ligne Drocourt-Quéant. Les mots “quelques jours” sont à prendre avec un grain de sel dans le contexte de la guerre de 1914-1918, car, dans le cas qui nous intéresse, la reprise de l’offensive est ordonnée pour le 2 septembre.

De son côté, la 4e division canadienne arrive finalement en ligne dans la nuit du 31 août, se faufilant entre la 1ère division et la 4e division britannique. La journée du 1er septembre 1918 est surtout consacrée à l’exécution d’un intense tir d’artillerie qui vise à détruire le réseau de barbelés de la ligne Drocourt-Quéant. Malgré tout, l’infanterie canadienne est passablement occupée à repousser des contre-attaques allemandes qui ont pour but de reprendre quelques positions névralgiques sur la ligne Fresnes-Rouvroy.

L’assaut sur Drocourt-Quéant débute comme prévu le 2 septembre. Les soldats canadiens marchent derrière l’habituel barrage roulant, avec en appui des chars qui s’occupent à détruire les barbelés restants. Contrairement à toutes les prédictions, la résistance allemande sur la troisième ligne est étonnement moindre que celle sur la seconde. La résistance semble moins bien coordonnée et les assaillants parviennent à pénétrer dans le réseau Drocourt-Quéant, allant même plus à l’est, vers un « affluent » de Drocourt-Quéant nommé la ligne de support Buissy. Devant l’avance canadienne, l’armée allemande se replie derrière le canal du Nord.

Le bilan

La capture de la ligne Drocourt-Quéant marque la fin de la seconde bataille d’Arras. Depuis le 26 août, le corps canadien a progressé à l’est de près de 20 kilomètres et capturé 9 000 soldats ennemis. Les pertes du 26 août au 1er septembre se chiffrent à 11 400 hommes. Neuf Croix de Victoria ont été attribuées.

Les Canadiens ont subi un coup dur sur la route Arras-Cambrai. Plusieurs bataillons sont en piteux état et il faut faire venir d’urgence d’Angleterre des troupes dont commencent à poindre un plus grand nombre de soldats conscrits. Les bataillons tentent de se refaire. Deux semaines après la bataille, ils remontent en ligne avec des renforts qui disposent de peu d’expérience du combat. Les recrues sont souvent encadrées par d’autres soldats encore blessés qui doivent y retourner.

La bataille a aussi été un choc pour le lieutenant-général Currie et ses conséquences une grande source d’inquiétude. D’abord, l’importante ville de Cambrai est toujours aux mains des Allemands. Ensuite, la ville se trouve derrière le canal du Nord où l’ennemi s’est puissamment retranché.

Cette timide reprise de la guerre de mouvement depuis la bataille d’Amiens a engendré une cadence de marches et de combats qui a été difficile à arrêter, ne serait-ce que pour souffler.

Les Canadiens sont parvenus à dégager Arras une fois pour toutes. Devant, toujours à l’est : Cambrai.

On marche.

 

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