1914-1918 : la guerre du Canada – Amiens (août 1918)

Nous sommes de retour après une semaine en France! Aujourd’hui on reprend la série ‘1914-1918: la guerre du Canada’ par l’historien Carl Pépin, PhD. 

Image: [photographie]”Canadian & French troops resting around German gun. Battle of Amiens. August, 1918. ” Photo de Canada. Dept. of National Defence/Library and Archives Canada/MIKAN 3396816

Mars-août : une période d’attente et de réorganisation

Sous la direction du général Erich Ludendorff, les forces allemandes entament, le 21 mars 1918, la première d’une série de cinq offensives majeures visant à faire craquer le front des alliés franco-britanniques. Avec un surplus de troupes rendues disponibles depuis la fin de la guerre en Russie, les Allemands passent près de percer le front des 3e et 5e armées britanniques devant la ville d’Amiens. Quelques semaines plus tard, les Allemands attaquent en Belgique, sur le même front d’Ypres, avec des succès limités. Enfin, la dernière des offensives débute en juillet contre l’armée française en Champagne. Les Français parviennent à barrer la route aux Allemands sur la Marne, au même endroit où s’étaient déroulés des affrontements épiques en 1914, non loin de Paris.

La première moitié de l’année 1918 voit le corps canadien installé dans un secteur délimité triangulairement par les villes d’Arras et de Lens, puis par la crête de Vimy. Dans les jours qui suivent l’offensive allemande du 21 mars, le maréchal sir Douglas Haig envisage sérieusement la possibilité de dissoudre le corps canadien et d’utiliser séparément ses quatre divisions, selon les besoins du moment. En clair, Haig souhaite combler des vides épars sur sa ligne de front.

Pendant un bref instant au printemps, les quatre divisions sont retirées au lieutenant-général sir Arthur Currie et placées sous la juridiction de trois corps d’armée britanniques distincts. Le lieutenant-général canadien proteste vigoureusement contre cette décision en argumentant que son corps est unique, indivisible, et que les quatre divisions « canadiennes » sont habituées de combattre ensemble sous les ordres de leurs propres officiers. Currie soutient également que l’excellente réputation du corps canadien est précisément attribuable à ses performances passées sur les champs de bataille et au fait que les troupes ont combattu ensemble.

Ces arguments ont abouti sur la table du ministre canadien des Forces d’outre-mer – sir Albert Edward Kemp -, qui en a fait part au secrétaire britannique à la Guerre lord Derby. Ce dernier se range à l’argumentaire canadien et il informe le maréchal Haig au plus grand déplaisir de ce dernier. Le commandant britannique ne peut concevoir que les Canadiens soient engagés dans la bataille uniquement lorsque cela fait leur affaire, semble-t-il, tandis que les divisions australiennes acceptent d’emblée des dissolutions temporaires de leurs corps d’armée devant l’urgence de la situation en mars 1918.

Au 8 avril, trois des quatre divisions canadiennes sont retournées à Currie. Sans être directement commises dans la bataille, elles doivent tenir un front anormalement large de 25 kilomètres dans le secteur d’Amiens, libérant ainsi d’autres divisions britanniques. C’est seulement en juillet, avec le retour au corps de la 2e division – qui était entre temps dans l’organigramme du 6e corps britannique -, que Currie retrouve toutes ses divisions.

Ces contraintes administratives et tactiques n’empêchent pas le commandement britannique de préparer des plans de contre-offensive, tout en réservant des projets bien spéciaux pour le corps canadien. Une offensive est prévue pour le 8 août 1918, alors que le corps canadien se trouve quelque peu à l’est d’Amiens. Pour cette offensive, les Canadiens sont transférés de la 1ère armée britannique vers la 4e armée sous les ordres du général Henry Rawlinson.

Le transfert du corps du secteur Lens-Vimy vers le sud à Amiens se fait dans le plus grand secret afin de tromper les Allemands sur les intentions du commandement britannique. Les Allemands savent parfaitement que le corps canadien, une formation d’élite, n’a pas été engagé lors des combats de mars et d’avril. Nous sommes alors en août et les Canadiens ont refait leurs forces. Considérant leur réputation, il semble évident que la contre-offensive britannique verra leur pleine utilisation.

D’un point de vue logistique, il s’avère toutefois difficile de dissimuler aux yeux de l’ennemi le transfert d’un corps d’armée qui représente environ 80 000 combattants. Encore là, on a l’idée de déplacer au nord, vers le Mont Kemmel, deux bataillons d’infanterie et quelques unités de soutien dans la plus grande indiscrétion possible, toujours afin de faire croire aux Allemands à la présence canadienne dans ce secteur.

Le Mont Kemmel est entre les mains des Allemands. Il constitue, au titre de position surélevée, un endroit stratégique que les Alliés tenteront logiquement de capturer. Les quelques forces canadiennes devant Kemmel se sont également assuré que leurs communications soient interceptées par l’ennemi, histoire d’ajouter à la supercherie.

Dans la nuit du 7 au 8 août, le gros du corps canadien finit par arriver dans la région d’Amiens. Il n’est placé en première ligne que quelques minutes avant le véritable assaut. La zone de rassemblement des forces d’attaque se situe dans les limites des villages de Gentelles, entre la route reliant Amiens à Villiers-Bretonneux (voir la carte). Sur la gauche du corps canadien se trouve un corps australien. Sur la droite, des forces françaises de la 1ère armée du général Marie-Eugène Debeney placée temporairement sous le commandement britannique.

19880069-784small_amiens_mapsImage: [carte] “The Attack of August 8th | The Battle of Amiens” Collection George Metcalf, Musée canadien de la Guerre, CWM 19880069-784

La bataille

La bataille d’Amiens débute le 8 août 1918 à 4h20, contre des forces allemandes complètement surprises. Supportées par quatre bataillons de chars d’assaut, les 1ère, 2e et 3e divisions canadiennes progressent sur un front large de 7 500 mètres, derrière l’habituel barrage d’artillerie roulant. Des tirs de contre-batterie similaires à ceux employés à Vimy un an auparavant parviennent à neutraliser la riposte de l’artillerie allemande, du moins en grande partie.

À la fin de la journée du 8 août, la ville d’Amiens peut être considérée comme dégagée, même qu’en un point, on effectue une avancée de 14 kilomètres, du jamais vu depuis 1914. Le succès n’est pas complet cependant, mais la journée est prometteuse. Seule la 4e division, qui doit prendre Le Quesnel, à l’extrême droite du front d’assaut, est bloquée par un habile tir de mitrailleuse provenant de ce village qui tombe finalement le lendemain.

La journée du 8 août a été payante pour le corps canadien. En effet, dix villages sont repris, 5 000 soldats allemands sont capturés, sans compter l’intéressant butin de 161 canons et de plusieurs centaines de mitrailleuses. La performance du corps canadien est sans aucune commune mesure en comparaison de ses actions déjà brillantes du passé. La bataille d’Amiens a été un fait d’armes extraordinaire, forçant même le général allemand Ludendorff à qualifier la journée du 8 août 1918 de « Jour noir » de l’armée allemande.

L’offensive d’Amiens reprend le 9 août avec pour objectif d’installer le corps canadien sur une ligne reliant grosso modo les villages de Roye, Chaulnes et Bray-sur-Somme. Par contre, la progression n’est pas aussi fulgurante que celle de la veille, pour la simple raison que les Allemands se sont ressaisis et qu’ils offrent une résistance beaucoup mieux orchestrée. Une autre raison qui force le corps canadien à ralentir la marche réside dans la difficulté du terrain. L’offensive du 8 août s’est déroulée sur un terrain relativement épargné par les combats du passé. En clair, il y a peu de tranchées et d’obstacles. Le 9 août, les Canadiens reviennent sur l’ancien champ de bataille de la Somme de 1916, un terrain beaucoup plus facile à tenir en raison des aménagements défensifs préexistants.

Logiquement, la cadence de l’offensive est fortement compromise à partir du 11 août, menaçant ainsi de transformer la guerre de mouvement initiale en bataille stérile. Face aux quatre divisions canadiennes fatiguées, les Allemands opposent neuf divisions, notamment leur fameux corps alpin. Après consultation avec Haig, le général Rawlinson décide de suspendre l’offensive.

Le bilan

Les pertes canadiennes entre les 8 et 11 août 1918 s’élèvent à un peu plus de 9 000 hommes, dont 2 200 tués. Huit Croix de Victoria sont décernées à des Canadiens.

La bataille d’Amiens constitue un tournant majeur de la guerre, ne serait-ce qu’en considérant les gains réalisés par les Canadiens et la cadence avec laquelle s’est déroulée l’opération, surtout la première journée. En plus de l’efficace coordination entre l’infanterie et l’artillerie, les Canadiens ont bénéficié de l’appui non négligeable de quelques dizaines de chars d’assaut qui ont fait une différence.

Amiens était la première offensive d’une campagne militaire qu’on a appelée par la suite les « Cent Jours », une campagne qui s’est déroulée du 8 août jusqu’à la fin des hostilités, le 11 novembre 1918. Cette bataille a été la première de cette campagne effrénée où le corps canadien n’a eu à peu près aucun repos, tout en encaissant des pertes considérables.

Les Canadiens ont senti dès lors que la victoire est possible, tandis que les Allemands ont envisagé avec plus de sérieux une éventuelle défaite. En attendant, le front progresse vers l’est et les Canadiens apprennent qu’ils remonteront au nord, dans le secteur bien connu d’Arras-Lens-Vimy.

 

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